RÉVOLTE POPULAIRE : « QUI AURAIT PU PRÉDIRE ? »

Près de 10 millions vivent sous le seuil de pauvreté et arbitrent entre chauffage, nourriture et soins.

Certaines ne peuvent même plus se déplacer faute du coût des transports, ce qui alimente mobilisation et colère aujourd’hui.

Tandis que les politiques fiscales et économiques permettent aux plus riches d’accumuler des richesses sans précédent. Comment s’étonner que des lycéen·nes, des étudiant·es, des salarié·es, des personnes retraitées se retrouvent autour d’une même exigence ? Des familles et des habitants de territoires différents partagent aussi cette revendication.

Car oui, toutes et tous aspirent à une société plus juste, humaine et solidaire. Chacun·e peut vivre dignement, accéder à des services publics de qualité et envisager l’avenir avec confiance.

« Qui aurait pu prédire ? » interrogeait Emmanuel Macron en 2022, notamment au sujet de « la crise climatique et ses effets spectaculaires ». Le climat social et ses conséquences font-ils également partie des phénomènes qui échappent au discernement des décideurs politiques ?

Depuis des années, les alertes s’accumulent. De plus, des personnes sans domicile, mal-logées, exilées et éloignées de l’emploi restent vulnérables. Au sein des 300 Groupes du Mouvement Emmaüs, nous accueillons celles et ceux que les politiques publiques délaissent. Derrière chaque accueil, chaque accompagnement social, il y a des personnes qui se battent pour se loger. Ensuite, elles luttent pour se nourrir, se soigner, travailler et accéder à leurs droits. Nous devons entendre leurs voix. Ainsi, avec d’autres associations et des syndicats, nous documentons l’aggravation de la précarité. Nous tirons la sonnette d’alarme. Nous appelons à une mobilisation citoyenne pour changer cela. Depuis des années, ces alertes restent sans réponse.

En dépit de leur reconnaissance du travail réalisé, les pouvoirs publics ne prêtent-ils pas attention à nos propositions pour lutter efficacement et durablement contre l’exclusion ? Pourquoi les pouvoirs publics détournent-ils le regard lorsque nous leur faisons connaître le manque de moyens pour nos actions et les situations sociales quotidiennes ? Pourquoi un tel mépris à l’égard des corps intermédiaires, des mouvements sociaux, du dialogue démocratique et de la coconstruction des politiques publiques ? Résultat : les associations se fragilisent. Les budgets du social et des solidarités restent sous tension. Des discours désignent les plus précaires comme responsables de leur situation, au lieu d’attaquer les causes de la pauvreté.

Nous comprenons la colère qui s’exprime aujourd’hui tout comme ses causes profondes, et soutenons les aspirations à la justice sociale, à la dignité et à un meilleur partage des richesses portées par ces mobilisations.

Là où des manifestations sont interdites, des jeunes lourdement condamné·es et des personnes blessées, la démocratie ne s’exerce plus, elle s’abîme.

Là où certains décideurs politiques se concentrent exclusivement sur la réponse sécuritaire en y associant, dans un mélange des genres pernicieux, la stigmatisation des allocataires de prestations sociales pour l’un, la volonté de contenir la liberté d’expression des associations pour un autre, il y a davantage matière à renforcer la colère qu’à y apporter des réponses.

« Comment s’étonner qu’à force de creuser les inégalités, de fragiliser les services publics, de rendre toujours plus difficile l’accès au logement, à l’emploi ou à une alimentation digne, d’ignorer les demandes des acteurs de terrain et de stigmatiser les plus fragiles, la colère finirait par s’exprimer collectivement ? » Bruno Morel, président d’Emmaüs France

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