Un collectif d’acteurs de l’insertion dénonce, dans une tribune publiée sur le site du journal La Croix, les coupes budgétaires qui menacent les structures d’accompagnement vers l’emploi et appelle à un sursaut politique avant la présidentielle.
Menacée budgétairement, ignorée par les programmes politiques, négligée dans la réponse aux grands défis du moment : la politique d’inclusion vers l’emploi est sous pression. Une question simple se pose : voulons-nous investir dans les capacités humaines ou continuer à se priver de ce vivier de compétences dont la France a tant besoin ? L’inclusion n’est pas une charge mais un investissement stratégique pour l’avenir.
Les faits démontrent qu’on ne combat pas l’exclusion en fragilisant davantage celles et ceux qui la subissent. Trop souvent renvoyée à une question personnelle, l’exclusion du monde du travail ne peut être réduite aux seules responsabilités individuelles. Ainsi, nous contestons l’idée selon laquelle la montée de la précarité nécessite d’aggraver le chômage. La pauvreté ne doit pas devenir plus pénible pour ceux qui cherchent du travail. Cessons de fragiliser, d’isoler et de précariser les personnes exclues du marché du travail. Investissons plutôt dans une politique ambitieuse d’inclusion vers l’emploi. Elle sera fondée sur un accompagnement global vers l’autonomie, la levée des freins et l’accès à l’emploi.
Jeunes sans qualification, bénéficiaires du RSA et personnes en situation de handicap forment le cœur des politiques d’accompagnement. Les exilés, chômeurs de longue durée, mères isolées et sans-abri restent aujourd’hui éloignés du marché du travail. Ces personnes sont au cœur des actions publiques visant l’insertion et l’emploi. En remobilisant et en formant « ceux qui ont quitté l’école trop tôt », « ceux qui sont au chômage depuis trop longtemps », « ceux qui n’ont pas la bonne formation » ou « ceux qui ont des problèmes de santé ou qui sont porteurs d’un handicap », les politiques d’inclusion apportent une réponse essentielle au monde du travail.
Par-delà les bénéfices du retour à l’emploi, certaines personnes restent privées de santé et de confiance. Elles souffrent aussi de liens sociaux fragilisés et de conditions de vie précaires. L’inclusion est une réponse concrète aux difficultés de recrutement des employeurs. Comment satisfaire les besoins immenses en personnels compétents dans les secteurs de l’industrie, de la logistique, de l’agriculture, des soins aux personnes, du bâtiment ? Comment répondre aux besoins grandissants d’une population toujours plus âgée ?
Que faut-il faire pour se mettre enfin au rythme de l’indispensable transition écologique ? Comment surmonter les crises démographiques et économiques sans ouvrir une voie aux personnes éloignées de l’emploi qui souhaitent pouvoir vivre dignement de leur travail ? Comment redresser les finances publiques si nous ne permettons pas aux personnes bloquées dans une situation de chômage d’en sortir ?
DES MILLIERS D’EMPLOIS MENACÉS
Les choix budgétaires du Gouvernement négligent ces enjeux au risque d’aggraver les difficultés sociales et économiques que le pays traverse. Ce n’est pas acceptable.
Le budget 2027 présenté par le Gouvernement, qui s’inscrit dans une tendance datant de plusieurs années déjà, compromet l’objectif du « plein emploi ». Il prévoit la suppression d’environ 5 600 emplois dans les structures permettant l’accès et le retour à l’emploi. Cette baisse s’ajoute aux 11 000 emplois supprimés entre 2024 et 2026.
Avec un taux de pauvreté qui bat des records en 30 ans et un chômage qui repart à la hausse, le détricotage des politiques d’inclusion vers l’emploi ne dégage aucune économie budgétaire à long terme. Au contraire, le maintien au chômage de personnes qui ne peuvent pas s’en sortir par elles-mêmes aggrave le déficit public.
Toutes nos structures, dans la diversité de leurs missions et de leurs modèles, constituent un maillage de proximité indispensable pour accompagner les personnes et construire des réponses adaptées aux réalités des territoires. Par l’activité économique, l’accompagnement et la qualification qu’elles produisent, elles créent de la richesse, développent les compétences et répondent aux besoins des entreprises et des territoires. Elles produisent des effets sociaux, économiques et territoriaux qui dépassent les seuls crédits qui leur sont consacrés. Pourtant, une pression budgétaire les affecte. C’est irrationnel.
L’INCLUSION VERS L’EMPLOI EST UN ENJEU POLITIQUE DE PREMIER PLAN
À six mois d’une élection déterminante, ce sujet doit être au cœur du débat présidentiel.
Une société qui renonce à accompagner nos concitoyennes et concitoyens les plus fragiles vers le travail s’appauvrit économiquement, se fracture socialement et aggrave ses difficultés de demain. À l’inverse, une société qui investit dans l’inclusion par l’emploi gagne en résilience. Elle cultive sa cohésion et fait prospérer son économie.
Nous appelons l’ensemble des responsables politiques à inscrire la politique d’inclusion vers l’emploi comme une solution incontournable face aux multiples défis de notre temps au sein de leur programme et ainsi garantir des moyens humains et budgétaires à la hauteur des besoins.
